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Des élus et des riverains s’emportent contre des migrants arrivés à Cayenne

C’est avec un déplacement de la maire et d’adjoints de la ville de Cayenne que commence la mésaventure d’une trentaine de migrants, installés dans le kiosque Damas. Délogés de force par des riverains, ils sont depuis le début de la semaine la cible d’invectives, y compris de la part de certains élus.

  • Par: Clément Buzalka
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Depuis lundi, la situation de plusieurs familles de migrants installées rue Schoelcher, à Cayenne, exacerbe les tensions entre les riverains et les réfugiés. Lundi matin, alors que des familles de migrants s’étaient installées au kiosque de Damas, près de la plage, des élus sont venus sur place pour convaincre les réfugiés de quitter les lieux. Durant les échanges avec les migrants, la maire de Cayenne, Sandra Trochimara, a été interpellée par un riverain, Jérémy H., qui a menacé de « brûler les affaires des réfugiés ». Ce gérant d’une agence de communication s’en est également pris aux migrants, expliquant qu’il était dérangé par leur présence. 

« Nous ne pouvons plus accepter ces situations, relève Sandra Trochimara, la maire de Cayenne. Nous n'avons pas les moyens. Nous allons donc agir avec fermeté, car cette situation est explosive. La Guyane est déstabilisée par ces arrivées de migrants. On est en situation d’invasion. » 

Quelques minutes plus tard, l’adjointe au maire de Cayenne Laura Hidair-Louis, chargée de la lutte contre l’habitat indigne et insalubre, s’est à son tour emportée contre les migrants. « Vous avez des droits, vous n’avez que ce mot-là à la bouche, assène l’élue. Je suis excédée par cette situation. À l’heure actuelle, les Français se foutent dans la rue pour vous permettre d’être logés. Y en a ras-le-bol. […] Mon devoir est de respecter ma population avant vous. »

Des migrants fuyant la misère et la guerre

À notre micro, le lendemain, Laura Hidair-Louis explique qu’elle s’est adressée à ces personnes, installées au niveau du kiosque Damas, comme à des personnes à la rue. « Il ne s'agissait pas là de demandeurs d'asile. Il s'agissait d'individus couchés sur la voie publique, certifie-t-elle. Je constate que ma ville devient un ghetto à ciel ouvert. Il faut dire stop, et mettre de l’ordre. » 

« Nous ne sommes pas là pourvoyeur les droits des Guyanais, insiste un migrant venu du Maroc, et installé au kiosque Damas. Nous sommes tous des Hommes. Les droits de tous les humains sont les mêmes ». Sur place, des familles, hommes, femmes et enfants. Ils sont arrivés dernièrement, pour beaucoup ils fuient la guerre, la misère, notamment de Syrie ou de Libye. Pour eux, la Guyane n’est qu’une terre de passage. Leur objectif est de rejoindre Paris ou l’Hexagone, où ils savent que les places en hébergement d’urgence sont plus importantes. Pour autant, l’accès à la France est plus facile, pour les migrants, par la Guyane. Car on le sait, les frontières, bien que fermées depuis la pandémie de Covid-19, sont très peu contrôlées. La plupart de ces réfugiés nous relatent un parcours depuis le Proche-Orient jusqu’au Vénézuela, avant d’embarquer pour la Guyane par l’océan. 

Délogement de force et des excès de violence

Cette dernière installation de migrants, au kiosque Léon-Gontran Damas, rue Schoelcher, a attisé la colère des riverains guyanais. Ceux-ci se sont donc mobilisés, à la suite de la visite des élus cayennais et de l’appel d’un voisin d’ « intervenir ». Aussi, lundi soir, plusieurs dizaines de personnes ont investi le kiosque pour déloger du lieu la trentaine de migrants. Certains ont chargé les affaires de fortune des réfugiés dans des camionnettes et escorté les migrants, direction l’esplanade de la préfecture de Guyane. Les familles de migrants ont passé la nuit devant la préfecture, avant de recevoir une aide de la part d’association, comme la Croix-Rouge.